LES DOMINICAINS D ' ARCUEIL.

Ou

LE MARTYR MANQUE.

 

La Commune de Paris. Présentation sommaire du contexte historique.

La guerre est déclarée le 19 juillet 1870. Les troupes de l'Empereur cèdent partout à l'Est de la France, et Sedan capitule le 1er septembre. Napoléon III en personne y est fait prisonnier. Les Prussiens visent Paris, et la bataille de Châtillon le 19 septembre 1870, laisse le champ ouvert pour le siège de Paris (18 septembre 1870 - 27 janvier 1871).

A Paris, la Butte- aux- Cailles, au sud-ouest de la place d'Italie, est aux premières loges, et à partir du 5 janvier 1871, l'artillerie prussienne bombarde la Butte. Ensuite, c'est l'ensemble de la cité qui est visé. Paris capitule 10 jours plus tard.

La République est immédiatement proclamée par le peuple parisien. L'Assemblée Nationale, élue le 8 février, décide la déchéance de l' Empire le 1er mars. Paris exprime son mécontentement à l'annonce d'une paix jugée humiliante, acceptée par les parlementaires réunis à Bordeaux (composés de 2/3 monarchistes et 1/3 de républicains modérés).Thiers, "Chef du pouvoir exécutif de la République Française" a négocié le traité de paix avec l'Allemagne de Bismarck, traité ratifié à Francfort le 10 mai. La France perd l'Alsace, une partie de la Lorraine, et doit verser trois milliards de francs d'indemnités de guerre.

Paris reste en armes. La Garde Nationale (350.000 hommes), organisée pendant le siège, refuse globalement cette paix. Le 1er mai, quand les Allemands entrent dans Paris, jusqu'à la Place de la Concorde, plusieurs bataillons de gardes nationaux s'emparent de munitions entreposées à la manufacture des Gobelins qui servait d'entrepôt.

Dès le 3 mars, le XIIIe arrondissement de Paris est en insurrection contre le gouvernement provisoire, une quinzaine de jours avant l'émeute de Montmartre que l'on considère en général comme à l'origine de la Commune.

Vingt six canons sont saisis sur les fortifications et disposés devant la mairie de XIIIe arrondissement. Le gouvernement veut les récupérer. La Butte-aux-Cailles se retrouve alors au centre de la bataille.

Cette Butte devient la cible des Versaillais, défendue par le général Wroblewski, qui repousse par quatre fois, les assauts de la brigade versaillaise. Après des combats meurtriers, Wroblewski abandonne la butte et se replie vers le pont d'Austerlitz. La reddition des fédérés est suivie d'exécutions sommaires.

L' Ecole d'Arcueil.

L' Ecole Albert-le-Grand, fondée par des Dominicains enseignants, est située non loin du XIIIe arrondissement, à 2km des fortifications, près du fort de Bicêtre (1800m), de la redoute des Hautes-Bruyères (2500m), et au pied du fort de Montrouge (700 m). De ce fort, la vue s'étend principalement vers le sud. Cet établissement, appelé aussi " La maison des dominicains d'Arcueil", est dans un secteur mouvementé, où l'insurrection a ses principaux ouvrages de résistance, à côté du Château Laplace, dont elle est séparée par un mur mitoyen.

Pendant le siège de Paris, Albert-le-Grand est une ambulance, et conserve cette destination sous la commune. Le 15 avril 1871, les officiers du fort de Montrouge veulent établir une batterie dans le parc de l'école. Après discussions avec le Père Cotrault, le projet est abandonné. L'école reste donc uniquement une ambulance (où exerce le Docteur Durand), et sa Croix Rouge confère à ses occupants une assez grande sécurité.

Quant aux Versaillais, ils occupent Chatillon, Bagneux, Bourg-la-Reine, L'Hay-des-Roses.

Sérizier.

Condamné politique de l'Empire, il se réfugie en Belgique au début de 1870, pour éviter un séjour de huit mois en prison, puis, le 4 septembre, revient à Paris où il a quelque importance durant le siège (31 octobre - 22 janvier).

Après le 18 mars 1871, il est nommé secrétaire de Léo Meillet, puis délégué de la commune à la mairie du XIIIe. Chef de la 13e légion le 1er mai, il commande 12 bataillons qui se battent à Issy, Châtillon, Hautes-Bruyères. Parmi ces bataillons, le plus choyé, composé d'amis, de compagnons : le 101e.

Sérizier habite au 92 de la rue d'Italie. Depuis bien longtemps, il a abandonné le travail régulier pour se consacrer à la propagande comme militant de l'Internationale.

Portrait de Sérizier :

Taille moyenne, carré des épaules, l'œil très mobile et inquiet, la voix éraillée par l'eau-de-vie, le front bas, la lèvre lourde, le menton fuyant, une tête de bouledogue "mâtinée de mandrill". Ardent, grand parleur, gros buveur, il fut un ouvrier corroyeur (Artisan qui donne au cuir sorti des mains du tanneur les façons nécessaires pour être en état de servir aux cordonniers, selliers, carrossiers, bourreliers, malletiers, gaîniers ou relieurs.) sans courage, vivant d'aumônes extorquées à l'Assistance publique, brutal, hautain, sachant se faire obéir, ayant terrifié tout le XIIIe tremblant devant lui. Il a une profonde haine contre le clergé, qu'il juge responsable d'irréparables catastrophes.Il "porte beau", dépense beaucoup pour sa toilette, et maltraite sa femme, n'hésitant pas à lui donner des coups de pieds dans le ventre alors qu'elle est enceinte.

L'Objectif de Sérizier.

L'objectif principal de Sérizier est l'Ecole Albert-le-Grand. Le 15 avril, il établit son quartier général dans le château du Marquis de Laplace contigu à l'école, entouré de son fidèle 101e bataillon. Ce bataillon possède et entretient une vilaine renommée d'anticléricalisme et de férocité. Sa première tâche est de piller le château, et de réquisitionner cent matelas auprès des Dominicains, pour le bien-être de ses hommes. Des fenêtres du salon, Sérizier voit la maison et le jardin des Dominicains, et dit souvent à son entourage, et surtout à son confident, corroyeur comme lui, Louis Boin (dit "Bobèche") "tous ces curés là ne sont bons qu'à être brûlés" - et Bobèche de répondre - "oui, ils abrutissent le peuple". Le 18 avril, le 101e investit l'Ecole, et se livre à une fouille systématique de tous ses locaux durant trois heures. Objectif principal de cette action, rechercher des dépôts d'armes, et visiter les souterrains (inexistants) menant à Versailles. Les chercheurs n'ayant ,comme de bien entendu, rien trouvé, quittent l'établissement, après avoir bu quelques bouteilles offertes par le Père Econome (ce geste très astucieux charma les hommes qui se débridèrent)

Capture des Dominicains, évasion du Père Rousselin, le massacre.

La position déjà fort précaire des Dominicains s'aggrave lors de la prise du fort d' Issy par l'armée française. Les fédérés se replient vers Arcueil et Cachan, et toute la 13e légion vient camper aux environs de l'école. Les pères commencent à comprendre que leur ambulance ne leur servira pas bien longtemps de sauvegarde, malgré la "Croix de Genève".

Après avoir maîtrisé un début d'incendie au château de Laplace le 17 mai, les pères, mandés auprès de Sérizier ne sont pas, bien au contraire, félicités et remerciés, mais accusés d'avoir mis le feu au toit du quartier général pour émettre un signal en direction des Versaillais.

Le 19 mai 1871, Léo Meillet, membre de la Commune et Commandant du fort de Bicêtre reçoit l'ordre d'arrêter tous les Dominicains. Pour réaliser cette action, est fait appel à deux bataillons de fédérés: le 101e dirigé par Sérizier et le 120e marchant derrière, dirigé par Léo Meillet, accompagné de Lucipia, son "juge d'instruction", du prussien Thaler, sous-gouverneur du fort de Bicêtre. Le 101e bataillon, sous les ordres du Commandant Gebel, avec deux compagnies, cerne tout l'extérieur de la propriété, et le 120e pénètre dans le parc entourant la maison. Un Fédéré, l'arme au bras, se présente au Père Cotrault "Au nom du colonel Sérizier, je vous fais prisonnier, vous et votre personnel". Le Père demande des explications que l'on ne lui donne pas. Il reçoit l'ordre d'avertir tout le monde. Les élèves de l'école qui sont en récréation rentrent dans leur étude. Le premier ordre de Léo Meillet et de Sérizier est d'incarcérer les religieuses. Au bout d'un certain temps, voici les Soeurs au milieu de ces hommes qui n'épargnent pas leurs sarcasmes, leurs railleries, leur mépris. A elles, se sont jointes les femmes de service, les lingères, les cuisinières. En tout, il y a cinq religieuses, cinq femmes, et un enfant. Durant la matinée, Sérizier réquisitionne une voiture au dépôt des Omnibus de la Compagnie des Chemins de fer d'Orléans pour transporter ces personnes à la Conciergerie. Très serrées dans ce véhicule, on leur fait prendre la tapissière de l'école, à la demande du Père Cotrault. Les Sœurs partent. Les rues d'Arcueil sont vides. En pénétrant dans Paris, elles sont dirigées sur la Conciergerie. La prison étant comble, elles sont orientées sur Saint-Lazare où elles arrivent vers minuit. Après des moments pénibles, elles sont enfin libérées par les troupes versaillaises le 24 mai 1871 en fin d'après-midi.

Pendant ce temps, les opérations militaires continuent à l'école. On exige du Prieur la liste de tout le personnel ainsi que des élèves. En présence de Léo Meillet, le Père Captier exige de connaître les raisons pour lesquelles on veut les priver de leur liberté. Voici la réponse à la question posée : "Vous n'êtes pas arrêtés, vous êtes invités à vous tenir à la disposition des délégués de la Commune. Il s'agit d'une enquête au sujet de l'incendie d'avant-hier au château." Le Père Rousselin, qui avait vu le mouvement des troupes, et que le Père Captier avait fait avertir du prochain départ, songe aussitôt à profiter de la première occasion pour s'échapper. A ce moment là, il est dans son laboratoire, se livrant à son occupation favorite, la photographie (il fut membre de la Société française de photographie, de 1887 à 1894). Pour rendre sa fuite plus facile, il prend des vêtements de laïc, passe par dessus la robe blanche toute vieille qu'il mettait pour ses travaux chimiques, glisse une casquette dans sa poche, et, laissant sa chape au porte-manteau, se munit du pardessus laissé par un grand élève, et d'une couverture noire.

Le Père Captier, qui ne se fait guère d'illusions sur la fin de toute cette histoire, prévoit une assez longue captivité, et emporte donc de multiples objets dans son grand sac de cuir. En redescendant de sa chambre, le Père rencontre un élève, Jacques de Laperrière qui est ajouté sur la liste demandée par l'occupant. Avant de sortir de l'établissement, le Père Captier exige qu'on le laisse apposer les scellés sur les portes de divers locaux de l'école (cave, lingerie, salons, études, économat, dortoirs.). A 17 heures, le Père demande à Jacques de Laperrière "Sonnez pour rassembler tout le monde". Au bruit de la cloche, le fédéré Lucipia tressaille-"qu'est - ce ? Encore un signal ? Il n'y a que moi qui commande ici" . Le Pére Rousselin explique :"C'est le réglementaire, le Père Captier lui en a donné l'ordre". -" Ah ! c'est un élève ! S'il n'était pas si jeune, je le ferais fusiller" réplique Lucipia. Dans la cour, un piquet de quelques dizaines d'hommes se rassemble pour l'escorte. C'est le major Schenck, aidé du capitaine Chocu et du lieutenant Gironce, petit et bossu, qui le commande. Lucipia demande à ses prisonniers la parole d'honneur de ne pas s'échapper. Ils la donnent. Désormais, "on les tient" car, loyaux, ils ne chercheront pas à fuir. C'est maintenant le départ; tout le monde est regroupé, anxieux de l'avenir, près du grand escalier qui, de la terrasse, descend dans la cour du concierge. Sont rassemblés 22 grandes personnes, 9 enfants ou jeunes gens. Une partie de la colonne (26 prisonniers) descend le grand escalier, franchit le portail, dévale la rue Berthollet, et s'engage dans la Grand'Rue d'Arcueil, escorté du petit groupe de fédérés et ses trois officiers. Direction : Bicêtre par Gentilly. Le groupe arrive au fort à 19 heures. On fait entrer les prisonniers dans une salle basse de la caserne, pour les soumettre aux formalités d'écrou. D'abord, c'est la fouille. Le Pére Rousselin, fouillé par un grand artilleur, sait, à temps, dissimuler ses pièces d'or qui ne seront pas retrouvées. Ces opérations se déroulent en présence du sous-gouverneur de Bicêtre, un nommé Thaller, surnommé "le Prussien" à cause de son nom à consonance germanique, et d'un fort accent alsacien. Après ces formalités d'écrou, le groupe est conduit à une casemate du deuxième bastion portant le N°10, en face de la porte du fort. C'est une salle de 25 mètres de long, large de 7, haute, haute sous la clé de 4. De la paille, il n'y en a guère la première nuit. C'est une litière souillée, un vrai fumier. Le jour suivant, Thaller en obtient de la fraîche chez les Sœurs de la Charité d'Arcueil qui élèvent trois vaches. Au début de la détention, les détenus peuvent sortir dans la cour afin de se procurer de l'eau à la fontaine voisine. Bientôt, cette facilité est refusée. Après une distribution régulière de nourriture, vient la privation suite au manque. Depuis leur incarcération, les Pères Captier et Cotrault demandent sans cesse à être interrogés. Le 21mai, Lucipia débarque au fort en uniforme de garde national. Il fait comparaître les deux Pères "Vous n'êtes pas accusés, pas même prisonniers (!) , mais vous avez vu l'incendie du château, qui était un signal pour les versaillais : nous vous gardons comme témoins". Après un semblant d'interrogatoire, les religieux sont ramenés à leur casemate. Peu à peu, à l'extérieur, le combat s'amplifie, les Versaillais progressent, le fort de Bicêtre est la cible des bombes. Une nuit, tenus éveillés par le bombardement et le brouhaha de l'évacuation qui se prépare, les prisonniers, rompus de fatigue se reposent quelques instants. Le Père Captier s'endort, la tête sur les genoux du Père Rousselin. "Je reverrai toujours cette belle figure" répéta ce dernier jusqu'à sa mort. Peu a peu le calme revient. Un espoir semble naître. Ont-ils été oubliés ? Si oui, les Versaillais, tout proches vont bientôt les délivrer. Hélas, Sérizier n'a pas oublié ses victimes. Prenant avec lui une section du 156e, il retourne en hâte au fort, y pénètre au pas de gymnastique, fait sauter les portes à coups de crosse, et ordonne aux prisonniers de sortir. Les prisonniers ont compris, à ce moment là, leur sort se décide. Le Père Rousselin enlève sa vieille robe blanche, l'enroule dans sa couverture noire, lie le paquet d'une courroie, tire une casquette de sa poche, et, quand il franchit le pont-levis du fort, en avant de tous les autres, jette le colis dans le dernier fourgon du 156e qui passe à sa portée. Le geste est remarqué par Simon Brouho, qui, un peu plus tard, reprend le bagage, et le passe à Duché, pour avoir les mains libres à un moment où on lui demande de s'appliquer aux roues pour faire sortir le chariot d'une ornière. Finalement, c'est le tailleur Cathala qui s'en occupera jusqu'au dernier moment.

Le groupe se dirige vers Paris, grossi par des fédérés qui rentrent. C'est la cohue, les religieux faisant l'objet d'injures et de menaces. A la mairie de Gentilly, Léo Meillet s'avance hypocritement vers les Dominicains "On vous mène à Paris, c'est vrai, mais c'est pour vous délivrer. - Alors, dit le Père Cotrault, il fallait nous laisser au fort. - Non, répond l'autre, les hommes craignaient de vous voir donner des renseignements aux Versaillais. - Relâchez-nous maintenant, alors. - Eh! Non : c'est trop dangereux, au milieu de cette foule hostile. - A quand donc cette liberté toujours promise ? - Aux Gobelins, on vous laissera partir." Vraiment, Léo Meillet à réponse à tout.

Chemin faisant, le Père Rousselin continue, d'un pas ralenti, et bientôt, se retrouve au milieu de gens qui ne le connaissent pas. Sa longue barbe masque l'absence de cravate: il a caché son chapeau d'ecclésiastique sous le pardessus qui le couvre. Il s'écarte insensiblement, et s'approche d'un mur, disparaît dans une maison vide, et prestement dépose son chapeau à croix rouge derrière une persienne. Il ressort et avise un sac de riz tombé d'une voiture: il le charge sur ses épaules pour se donner une contenance, marche encore quelque temps au milieu des fuyards, à qui il reproche leur attitude. Ayant par ce beau zèle, détourné les soupçons, il s'arrête, las, s'assied sur le sac, tire un biscuit de sa poche, et se met à le grignoter. La soif le dévore: comme ses compagnons, il n'a presque rien bu depuis deux jours, et la chaleur orageuse et la poussière de la route le font défaillir. La foule est moins épaisse maintenant. Il avise un cabaret. Dans sa poche, il le sait, se cachent les quelques pièces d'or échappées à la fouille avide du grand artilleur de Bicêtre, le 19 au soir. Sortir un "jaunet" en pareil milieu est risqué, mais la soif est plus forte. Il entre au cabaret, se fait servir, paie, empoche la monnaie, et, de l'intérieur, aperçoit sur la route, un gamin qui court, son propre chapeau à la main: "Un chapeau de curé, crie le gaveroche, un chapeau de curé". Sans réfléchir, le Père bondit sur le pas de la porte : "Ah! C'est toi gamin, qui as pris mon chapeau ?"devant le gamin étonné, qui le regarde, le tragique de la situation lui revient en mémoire : pour donner le change, il termine en riant "Veux-tu bien me donner mon chapeau ?", et laisse partir l'enfant interloqué ! L'incident n'a pas de suite, heureusement, car les buveurs sont attirés par le bruit du canon, de la fusillade, et par les pantalons rouges qu'on aperçoit à quelques centaines de mètres. Mais, voici une nouvelle alerte! Un grand gaillard entre dans le cabaret, une canne à la main, qu'il montre à tous : "Une belle canne, hein ! Je l'ai prise chez les Dominicains". Ce mot fait lever la tête au Père Rousselin : les deux regards se croisent : c'est le grand artilleur de Bicêtre. "mais, je vous connais",dit-il. Le Père ne veut pas attirer l'attention sur lui, en ayant l'air de fuir : il fait signe à l'autre, l'entraîne au dehors, et lui dit : "Moi aussi, je vous connais. Mais voyez du côté de Bicêtre: les troupes seront ici dans un instant : vous feriez bien de penser à votre salut, comme je pense au mien". Le grand gaillard réfléchit, approuve, et, sans mot dire, se tourne vers Paris. Quelques minutes plus tard, les Versaillais sont là. Pendant que les uns visitent le cabaret qui s'est subitement vidé, et que les autres poursuivent leur avance, le Père Rousselin saute au cou d'un capitaine tout surpris, se fait connaître, le conjure de faire vite pour sauver ses frères. L'officier lui griffonne un sauf-conduit pour le fort de Bicêtre où le colonel le fait restaurer, reposer, et le soir, lui donne un laissez-passer pour Arcueil.

Pendant ce temps, le cortège arrive à la porte de Choisy encore ouverte. Par le boulevard Masséna, à travers les terrains vagues du quartier de la Gare, la colonne rejoint la tortueuse rue du Château des Rentiers vers 9 heures du matin. A chaque pas, l'escorte augmente, non de fédérés retenus aux barricades, mais de mégères et de filles qui hurlent à pleine voix "A mort, à mort les calotins ! à bas les Dominicains. A la lanterne, les Jésuites !…". Avec les religieux, il n'y a que harpies et bandits. Les honnêtes gens embrigadés par force dans les rangs révolutionnaires s'éclipsent furtivement, refusant d'être témoins ou complices. Au boulevard de la Gare, la lugubre procession tourne sur la gauche en direction de la mairie du XIIIe dite aussi des Gobelins. La place d'Italie est battue par des projectiles versaillais lancés de Montsouris. On fait asseoir les prisonniers dans la cour de la mairie. La municipalité ne sait pas trop que faire du convoi qui lui est adressé. Sérizier qui a son plan, exige un ordre d'écrou à la prison du 9e secteur. Au bout d'un quart d'heure, il obtient son ordre d'incarcération. Vers 10 heures, les religieux arrivent à la prison. Au bout d'un certain temps, durant lequel est servie de la nourriture, le nommé Boin ouvre la porte de la salle et crie "Allons, soutanes, levez-vous; on va vous conduire à la barricade: il y a là-bas de l'ouvrage pour vous." Les Pères Captier et Cotrault s'avancent vers Boin "Que nous veut-on ? - On va vous donner des fusils, et vous vous battrez avec nous. - Non ! répond le Pére Cotrault, nous sommes religieux, nous ne prendrons pas les armes. Mais nous sommes disposés à aller chercher vos morts, et à soigner vos blessés sous les balles. - Le promettez-vous ? - Vous savez bien que nous l'avons toujours fait.". La situation devient très préoccupante pour les Communards du XIIIe, traqués de partout. Sérizier et Boin se démènent en s'abreuvant d'alcool. Vers 16 heures, Boin entre dans la prison, "Allons les calotins, sortez tous: le colonel vous demande (Sérizier)". Après des discussions, Boin crie "Avancez! Sortez un par un, vous êtes libres". En sortant, les prisonniers aperçoivent le piquet d'exécution. Un signe de Sérizier: les fusils se braquent. Voyant le geste, le Pére Cotrault lève le bras "Mon Dieu, est-ce possible ?"; on le pousse, il sort, et après deux pas, il reçoit une balle qui lui traverse la gorge, une autre qui l'atteint au sein droit. Le Père Captier se tourne vers ses compagnons "Allons, mes Amis, pour le Bon Dieu", et il s'élance. Tout ce monde est "tiré comme de simples lapins". L'histoire parle dans les livres de "L'affaire des Dominicains d'Arcueil", l'Eglise parle des "Martyrs d'Arcueil", le 25 mai 1871, jour du combat de la Butte-aux-Cailles .

Dans "La Commune vécue" de Gaston Da Costa, Tome III 1905, pages 157 à 159, un avis diffère "Goin fit ensuite sortir les dominicains dans l'avenue, où les Versaillais venaient de pénétrer. Les détenus furent ainsi pris entre deux feux". Il ne fait pas allusion au piquet d'exécution.

La perquisition à l'école.

Dans le carton des Archives du Ministère de la Guerre "Affaire des Dominicains d'Arcueil assassinés à la Place d'Italie", on trouve deux listes portant l'état des objets pillés à Albert-le-Grand dans la journée du 24 mai 1871. Une liste n'est pas signée, mais l'autre porte la signature du Frére Baty O.P. Ce religieux avait été nommé à la fonction d'économe en remplacement du Père Cotrault. Cette deuxième liste porte la valeur des objets volés. En 1871, le préjudice se montait à 80.000 francs. Dans la liste, on note du linge (d'élèves, de l'école), des ornements d'église, des matelas, des couverts, un fourgon omnibus et 2 chevaux….).

Les scellés posés par le Père Captier avant son départ ont donc été fracturés. Les responsables du vol de ces objets déclarés "biens nationaux" semblent être Léo Meillet et le 120e bataillon, plus 200 hommes du 160e

Après le 25 mai 1871.

Le vendredi 26 mai, les cadavres jonchent le sol. Les corps des martyrs d'Arcueil restés abandonnés à l'air libre durant une quinzaine d'heures, échappent à la fosse commune grâce à l'initiative d'un aumônier du patronage des Frères, rue Moulin des Prés. Après avoir été identifiés, il sont, dans un premier temps inhumés sans cercueil dans une fosse creusée dans le cimetière. Après l'enterrement de ce vendredi, le père Rousselin et sept élèves restant, s'occupent, avec les Sœurs Dominicaines, de remettre quelque ordre dans la maison pillée, et le samedi, le Père Rousselin envoie des lettres et télégrammes à Oullins, Saint-Brieuc, Saint-Amand, Firminy, Lyon. De nombreuses lettres de condoléances s'acheminent vers Albert-le-Grand. Le lundi 5 juin, a lieu le premier service funèbre organisé par le Père Bourard à l'hôpital Cochin. Le 6 juin, l'Assemblée Nationale, par une loi, ordonne que soit inscrite, à Notre-Dame la liste des victimes et des otages. Entre temps, les classes reprennent à l'école le 2 juin, la maison étant en ordre. Le 11 juin, sont faites les démarches administratives pour que les martyrs soient ensevelis dans le parc de l'école, et le 25 juin, est obtenue l'autorisation souhaitée. Le 3 juillet, la dernière demeure s'achève dans le coin sud-ouest du parc, dans une sorte de rotonde en forme de grotte qui servait jadis de lieu de détente au savant Berthollet et à ses amis de la Société d'Arcueil. Là, entre 1864 et 1870, le Père Captier y établissait un reposoir pour la fastueuse procession du Saint-Sacrement qui se déroulait dans les allées du parc. Sous cette grotte est creusé un caveau , et on y grave la devise "Pour le Bon Dieu". Une porte en fer, ajourée, ferme l'entrée. Jusqu'en 1903, le tombeau est pieusement gardé par les religieux d'Albert-le-Grand.

Lorsqu'en application de la loi 1901 sur les Associations, ils furent dispersés, les Dominicains se virent obligés d'abandonner leur école en pleine prospérité. La Société Civile propriétaire du parc et des bâtiments la loua vers 1910 à un organisme d'état, la Caisse des Dépôts et Consignations. Un ancien élève du Père Captier, monsieur de Cormoye de Valbray sauva le tombeau, en achetant la portion de terrain qui le contenait. Clos de murs, le monument se pouvait visiter, en empruntant la clé au Curé d'Arcueil.

En 1937, quelques années avant la seconde guerre mondiale, des travaux de voirie sont prévus pour l'élargissement de la rue Berthollet qui longe le terrain où reposent les corps. Les terrassements doivent mordre sur le caveau. Il devient nécessaire de transporter les précieux restes dans le vaste hypogée préparé pour la sépulture des religieux d'Albert-le-Grand, au cimetière d'Arcueil.

C'est à ce moment là, octobre 1938, que se fait, sur ordre de Rome, la reconnaissance des corps. Dans une salle des Sœurs de Saint-Vincent de Paul, les cercueils sont ouverts et, en présence d'un notaire ecclésiastique et de plusieurs religieux, les cadavres sont identifiés et décrits par les médecins Didier et Soulas. Leurs rapports sont très précieux pour déterminer les blessures reçues par les martyrs. Les restes des corps sont de nouveau renfermés avec les vêtements, dans les cercueils originaux en plomb, et inhumés près des religieux décédés durant les quarante années d'existence du collège, près des restes du Père Didon. Actuellement, la grotte et le caveau ont été démolis, et une maison s'élève sur l'emplacement du tombeau.

Remarque sur le Père Didon : C'est à Arcueil, avec le Père Didon, lié à Coubertin en 1891, qu'est née la devise olympique "citius, altius, fortius" (plus vite, plus haut, plus fort). Le père Didon avait utilisé cette expression pour décrire les exploits athlétiques de ses étudiants. L'expression latine était gravée dans la pierre au-dessus de l'entrée principale du lycée Albert-le-Grand.

Les victimes, les bourreaux.

Sur les 20 prisonniers , sept échappent à la mort. Parmi eux, Le Père Rousselin, qui fut l'objet d'une vraie animosité de la part des élèves de l'école. "Nous ne lui pardonnions pas de s'être échappé disait un ancien; et longtemps encore après, quand nous le vîmes une fois ou l'autre aux réunions d'Arcueil, nous nous détournions de lui pour éviter de le saluer". Ce bon Père souffrit de cette défiance, si marquée, à quoi rien ne donnait apparence de fondement. Il vécut encore longtemps, jouissant de l'estime de ses confrères qui le taquinaient parfois en l'appelant "le martyr manqué", et de ses supérieurs. Il exerça les charges de régent des études à Arcueil et Sorèze, de prieur à Saint-Brieuc, et au collège argentin de Cordova. Il vécut jusqu'en 1912, et mourut en Espagne, au Pays Basque, à San Sebastian (Monte Igueldo), à l'âge de soixante-quatorze ans.

 

Les 13 victimes.

Religieux.

Père Louis-Raphaël Captier, Prieur dominicain.

Père Henri Cotrault, Dominicain.

Frère Pie-Marie Chatagneret. Dominicain.

Père Thomas Bourard. Dominicain.

Père Constant Delhorme. Dominicain.

Civils.

Louis-Eugène-Antoine. Gauquelin, professeur né le 24 mars 1839 à Cherbourg. Ancien marin, ayant participé à l'expédition mexicaine, devenu officier, professeur de mathématique, préparant, à l'Ecole d'Arcueil, des élèves aux concours des Grandes Ecoles du Gouvernement : Polytechnique, Saint-Cyr, Centrale, les Mines, Navale.

Aimé Gros, domestique né le 9 septembre 1835 à Charols, région de Valence.

François-Hermand Volant, surveillant, né le 9 mai 1828 à Saint-Claude.

Théodore Catala, surveillant né le 22 octobre 1830 à Rouvenac, région de Carcassonne.

François-Sébastien-Siméon Dintroz, infirmier né le 1er juin 1838 à Auxange dans le Jura.

Marie-Joseph Cheminal, domestique savoyard né le 8 décembre 1815.

Antoine Gézelin Marce, domestique né le 6 août 1831 à Omblèze région de Valence.

Germain-Joseph Petit, commis à l'économat, né le 2 janvier 1849, à Saint-Bernard, près de St Hilaire -du-Touvet en Isére. C'est la plus jeune, et selon des témoins, la plus émouvante victime de ce funeste 25 mai 1871. Ancien de "L'Armée de la Loire".

 

Les bourreaux.

 

François Pascal. Chiffonnier-brocanteur. Reconnu coupable de complicité d'assassinat sur la personne de Germain Petit. Sa condamnation à mort le 23 mai 1872 fut commuée en déportation en Nouvelle-Calédonie. Il s'échappa au bout de six ans, mais disparut, probablement tué par les Canaques.

Edouard -Nicolas Diard. Corroyeur de 22 ans, comme Sérizier, connu dans son quartier sous le sobriquet de "Gervais la Poire". Caporal- fourrier pendant la Commune, alcoolique. Il faisait le coup de feu sur une barricade de la Butte-aux - Cailles, quand il entendit qu'on devait fusiller les Dominicains. Il accourut aussitôt. C'est lui l'assassin du Père Bourard. Condamné à mort en 1876, il fut gracié et envoyé aux travaux forcés. On perd sa trace par la suite.

Louis André Lucipia, condamné lui aussi à la peine de mort, vit sa peine commuée le 23 mai en travaux forcés à perpétuité. Il fut envoyé à l' Ile de Nou en Nouvelle Calédonie, et fut gracié le 8 mai 1880. A son retour du bagne, il devint journaliste au "Radical" puis à "La Justice" de Clémenceau. Dreyfusard, conseiller municipal du quartier des Enfants-Rouges, président du Conseil Municipal de Paris en 1899, auteur de l'article sur "la Commune" dans la grande encyclopédie du XIXe siècle.

Jules-Constant-Désiré Quesnot. Chef d'escadron au 120e bataillon de la Commune. Il envahit l'Ecole Albert-le-Grand le 19 mai 1871, et y reste jusqu'au pillage, refusant de sortir pour se battre, prétextant qu'il devait surveiller les scellés. Il se montra très humain avec les sept enfants qui restaient au collège, mais brisa les scellés apposés sur les portes. Il sut se servir. Fut condamné à la déportation et revint en France en 1879.

Thaller. Alsacien d'origine, il avait gardé son fort accent qui lui valait le surnom de "Prussien". Marchand de vins sur la route d'Italie, propriétaire de son immeuble, il louait un appartement à Meillet. Il se compromit avec son locataire, dont il fut le second dans tous les complots. Il fut nommé sous-gouverneur du fort de Bicêtre, présida l'internement des Religieux envers lesquels il eut quelques gestes de considération qui lui valurent des reproches de la part de ses hommes. Trouva la mort place Jeanne d'Arc le 25 mai vers 18h30.

Léo Meillet (Nicolas-Aimé-François-Célestin). Acteur important de la Commune, clerc d'avoué, antibonapartiste, attirant les auditeurs par son langage violent dans les clubs du XIIIe. Un des Cinq membres du Comité de Salut Public. Il fit exécuter l'ordre d'arrêter les Dominicains et présida l'opération. Lors de l'évacuation du fort de Bicêtre, il "oublia" les Dominicains que Sérizier revint chercher peu après. Plus tard, Meillet prétendit que cet oubli était volontaire, pensant que les versaillais rendraient leur liberté aux Pères. Après avoir disparu durant la bataille, il se cacha chez le député Turquet dont il avait favorisé l'évasion quelques semaines auparavant, puis s'exila volontairement, pour ne revenir en France, qu'après l'amnistie. Il reprit alors la vie politique, se fit nommer député de Marmande puis de Paris.

Sérizier (voir ci-dessus)

Louis Isidore Boin "Bobèche". Durant le siège, il est artilleur, et, à la sortie de Buzenval, vole dans le château, divers objets d'argent, dont deux grands flambeaux (d'où son surnom de Bobèche) qu'il vend à un receleur. Pendant l'insurrection, il est nommé commandant. Bras droit de Sérizier sur lequel il peut compter. Songeant depuis longtemps au meurtre des Dominicains, et peu sûr du gardien-chef de la prison militaire, Sérizier y place Boin dès l'avant-veille du massacre. Boin et Sérizier arrêtent les dernières dispositions pour le massacre. Sérizier et Boin furent arrêtés et condamnés à mort le 17 février 1872 par le 6e Conseil de guerre. Leur recours en grâce rejeté, ils furent fusillés sur le plateau de Satory le 25 mai 1872, jour du premier anniversaire du massacre des Dominicains d'Arcueil.

Le 25 mai 1872, au moment de partir pour le plateau de Satory, où l'attend le peloton d'exécution, a quatre heures et demie du matin, Sérizier adresse une lettre au général Chanzy. Cette lettre est théâtrale, on la dirait écrite par un homme qui croit parler à la postérité:

"Je meurs pour la cause du peuple pour laquelle j'ai toujours vécu; je meurs avec la douce satisfaction d'être innocent…Soldat du peuple, je meurs en soldat et vous prie de ne pas oublier celui qui se dévoua pour vous. Je vous salue avant de mourir. Qu'est-ce que l'incendie de vieilles tapiseries, qu'est-ce que le meurtre de quelques prêtres enseignants pouvaient importer à la cause du peuple ? …."

Maxime Du Camp, dans "Les convulsions de Paris" Tome IV, page 280, estime que cette lettre est mensongère, avec une phraséologie dramatique faisant partie du bagage révolutionnaire.

Arrestation de Sérizier (d'après maxime Du Camp).

Peu de temps après le massacre des Dominicains, les Versaillais arrivent par l'avenue d'Italie, la cavalerie montre ses têtes de colonne. Informé par un de ses hommes, Sérizier prend la fuite et disparaît.

En plus des Dominicains, il a fait fusiller un garde national accusé de relations avec Versailles. Cet homme marié aimant sa femme, cette dernière prend la décision de ne pas oublier celui qui l'a rendue veuve.

Dès que les troupes françaises occupent la portion de Paris située sur la rive gauche de la Seine, la veuve se met en campagne, gardant secret son projet.

Après une enquête tenace, le 16 octobre 1871, passant rue Galande, elle reconnaît l'homme recherché, traînant une voiture à bras. L'homme cause avec un ouvrier, entre chez un marchand de vin, sort, et pénètre dans une maison où un corroyeur belge occupe quelques ouvriers.

Le commissaire de police Grillières est informé (par le veuve qui ne veut pas être directement impliquée dans cette affaire), mais se présente 24 heures trop tard sur les lieux, l'homme recherché ayant déménagé.

Après enquête, le commissaire finit enfin par appréhender Sérizier (qui se faisait appeler Chaligny) dans une boutique près de la Halle aux Blés.

-17 février 1872 : Condamnation à mort de Sérizier par le 6e Conseil de Guerre.

-Demande de grâce, prétextant que le 19 mars, il avait rendu service au général Chanzy en le protégeant contre la foule.

-Les habitants de la région de la place d'Italie, craignant qu'il ne soit pas exécuté, se rappelant encore la terreur sous laquelle ils avaient vécu, signent une pétition pour demander que nulle commutation de peine ne soit accordée à l'ancien chef de la troisième légion, et pour réclamer, comme un exemple, et comme une juste expiation, qu'il soit mis à mort devant la prison disciplinaire du secteur, sur la place même où il a présidé au massacre des Dominicains.

Cette requête est repoussée, mais les crimes de Sérizier sont de ceux sur lesquels la clémence souveraine ne peut descendre. Sérizier et "Bobèche" (Boin) font partie des 26 condamnés à mort à qui nulle grâce n'est accordée.

Exécutions de Sérizier et Boin (d'après Gaston Da Costa) le 25 mai 1872.

Le 25 mai, vers 6 heures du matin, une voiture, escortée de dragons et de cuirassiers arrive dans la plaine de Satory, à cinquante mètres du polygone, et trois hommes en descendent. Les deux premiers sont Sérizier et Boin, condamnés à mort pour le meurtre des Dominicains d'Arcueil. Le troisième homme est Boudin, condamné à mort pour le meurtre du pharmacien de la rue Richelieu. Ces trois personnes sont fort calmes.

Auparavant, quand on était entré dans leur prison pour leur dire que le moment était venu, Sérizier dormait profondément, et il avait fallu le secouer. Ils avaient écrit quelques lignes et avaient déjeuné. Sérizier avait demandé du tabac, avait bourré sa pipe et s'était mis à fumer.

A l'arrivée de la voiture à Satory, les clairons sonnent, les tambours battent. Sérizier descend, fumant toujours, et va droit a un des trois poteaux qui attendent. Boudin, en mettant pied à terre, lève son chapeau et l'air et crie "Vive la Commune".

Adossés aux poteaux, en face du peloton d'exécution, ils crient tous trois "Vive la Commune ! Vive la République !". La lecture de l'arrêt est interrompue par Boin qui se met à parler :"Mes enfants, vous allez tuer un frère. Je suis comme vous, du peuple. Je vais laisser après moi une femme et quatre enfants. Vive la République !". Boin répète ce cri quand le greffier veut reprendre sa lecture, pressé qu'il est, par le capitaine rapporteur, impatient.

On leur bande les yeux. Boudin se laisse faire. Sérizier repousse le soldat, Boin met le bandeau dans sa poche. Il demande à commander le feu et dit aux soldats, en ouvrant son habit:"Frappez au cœur ! Allez ! Je n'ai pas peur ! Vive la République !".

L'adjudant lève son épée. Le signal est-il mal compris ? Les soldats sont-ils saisis du courage des condamnés ? Le feu du peloton a lieu avec si peu d'ensemble que Boin reste debout et peut voir les autres à terre. Puis, il tombe à son tour.

Le chirurgien-major s'approche des trois corps, les retourne en les traînant par le bras, et les alignent du côté de la butte, afin que les balles du coup de grâce ne dévient pas vers les spectateur. En les alignant, il les laissent retomber, et les têtes rebondissent. L'assistance frémit. Les sous-officiers chargés d'achever les condamnés sont si émus, que le chirurgien doit maintenir l'arme dans l'oreille de Boin, tant le sous-officier tremble. La tête de Boudin éclate sous le coup de feu. Quand Sérizier reçoit le coup de grâce, son bras se redresse comme pour exprimer un geste de menace.

L'abbé Follet, aumônier de la prison militaire, absent, est, dit-on, malade à la suite des émotions que lui cause son douloureux ministère.

 

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DONNEES GENEALOGIQUES SOMMAIRES.

Antoine Rousselin (Source : photo de famille)

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01- Rousselin Joachim x Oudard (?) Jeanne Catherine

02- Au moins un enfant : Jean-Baptiste Rousselin

Marié à Jeanne - Catherine Houdart.

03- Dix enfants dont : Pierre Rousselin. Né le 13.07.1784 à Villiers-le-Tourneur (Ardennes) et décédé le 22.02.1846 à Villiers-le-Tourneur (Ardennes). Marié à Marie - Josèphe Cuif.

04- Neuf enfants dont : Pierre Isidore Eléonore Rousselin. Né le 10.08.1823 à Villiers-le-Tourneur (Ardennes).Marié à Marie Romels.

05- Au moins deux enfants:

Antoine Rousselin. Né à Metz le 02.11.1838, et décédé le 16.04.1912 à Igueldo (San Sebastian) (Espagne).

et

Rose Rousselin (dite "Victorine").

06- Rose (dite "Victorine") Rousselin. Née le 20.08.1844 à Metz (Moselle), et décédée le 03.05.1923 à Radonvillers (Aube).

Mariée à Ernest Zoutter. Né le 25.01.1844 à Metz et décédé le 20.06.1902 à Vendeuvre-sur-Barse (Aube).

07- Six enfants dont: Clémentine Antonia Zoutter.

Mariée à Léon Choppin, potier à Radonvillers, né le 11.10. 1867 à Wassy-sur-Blaise (Haute-Marne)

08- Trois enfants dont :

Marguerite Rose Choppin, née le 28.12.1893 à La Villeneuve-au-Chêne (Aube) et décédée le 20.08.1981 à Troyes (Aube).

Mariée à Robert Delettre

09- Marguerite Rose Choppin est la grand-mère maternelle de Geneviève Faber épouse de Jean Rigollot.

10- Geneviève Faber : Née le 18.09.1945 mariée à Jean Rigollot : Né le 17.09.1945.

 

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BIBLIOGRAPHIE.

 

Archives des Dominicains. Province de Toulouse (R.P. B. Montagnes, archiviste), Couvent St Thomas d'Aquin. (Recherches sur le T.R.P. Antoine Rousselin, "rescapé du massacre d'Arcueil").

Claretie (Jules). (de l'Académie Française). Histoire de la révolution de 1870-71. Tome I (pages 694-695)

Da Costa (Gaston). "La Commune vécue par Gaston Da Costa, condamné à mort par les Conseils de Guerre versaillais". (18 mars-28 mai 1871). Tome III. Paris. 1905.

Deschaumes (Edmond): "Journal d'un lycéen de 14 ans pendant le siège de Paris (1870-1871)". Paris, Librairie de Firmin-Didot et Cie 1890.

Du Camp (Maxime) (de l'Académie Française) : Les Convulsions de Paris. Cinquième édition, tome premier, "Les prisons pendant la Commune". Paris, Librairie Hachette et Cie 1881. Tome II : La Commune à l'Hôtel de Ville (pages 278 à 280 : deux lettres de Sérizier).

Girard (J.A), (R.P- O.P.). Le R.P. Captier et les Martyrs d'Arcueil. (25 mai 1871). Spes-Paris. Juin 1955.

Guérin Paul (Camériste de Sa Sainteté Pie IX) : Les Petits Bollandistes. Vie des Saints. 7e édition, 3ème tirage. Tome XV. (vénérables et personnes mortes en odeur de Sainteté). Paris 1876.

Périodique "Le Journal de la France" N° 66. 1970.(articles de Jacques Chastenet, Georges Bourgin, Sabine Beauséjour, André Guérin.) Historia-Tallandier.

Jean Rigollot, 19 octobre 2002

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